Une histoire de voile

Depuis quelques mois en France, un sujet fait l’actualité, déchaîne les passions et suscite toutes sortes d’interrogations. Il s’agit de la question du foulard, du voile ou du hidjab, qu’importe le nom,  l’essentiel étant la question posée : faut-il ou non et au nom de la laïcité, interdire le port du foulard islamique, ou autres signes religieux  à l’école ?

Vous vous demandez déjà comment cette chronique pourrait s’intéresser à ce qui se passe en France ?
J’avoue honnêtement que cette question m’interpelle et qu’aujourd’hui cette chronique porte bien son titre « Les racines de l’âme ».
Mais, dans « DZ-mémoires », posons le problème différemment. D’abord, depuis quand le « voile » est-il devenu islamique ?
Ensuite, comment ce même voile peut-il devenir un signe religieux ostentatoire ou ostensible ? Alors que le mot voile signifie cacher, protéger ou couvrir et que les mots ostentatoire ou ostensible signifient au contraire, afficher, exhiber, étaler, montrer.
Mais, ne nous arrêtons pas là, le voyage ne fait que commencer. Un voyage virtuel que j’ai moi-même effectué ces derniers jours à travers l’histoire du costume et de son évolution dans le temps et à la faveur des changements que l’Homme a connu ou lui-même opéré.
Le costume, le vêtement ou l’habit a depuis toujours été le reflet de celui qui le porte. C’est également l’expression d’un mode de vie et d’une réalité économique sociale et culturelle.
Au tout début de l’histoire de l’humanité, le vêtement a d’abord été une protection du corps du regard des autres et des conditions climatiques. Il deviendra par la suite et grâce au développement technologique, une parure et une distinction sociale.
Ainsi, de l’Homme préhistorique habillé simplement de peaux d’animaux, la technique du tissage du lin, de la laine, du coton et de la soie a permis très tôt de diversifier le costume et de développer une mode vestimentaire en Mésopotamie, en Egypte, en méditerranée et en Chine.
Et la tête faisant naturellement et logiquement partie du corps humain, plus encore, symbolisant également la spiritualité, l’intelligence et le statut social, la tête a été parée, ornée ou couverte selon les peuples et les sociétés.
Visualisons ensemble les différents costumes anciens ou traditionnels du monde entier, et nous remarquons que pour la femme autant que pour l’homme, la tête est partout et depuis toujours coiffée, du simple bonnet au chapeau, du foulard à la coiffe et de la casquette au sombrero, les hommes et les femmes se sont toujours habillés de la tête aux pieds.
Evidemment par nécessité à cause du soleil ou du froid sinon, par pure coquetterie.
En méditerranée, surtout occidentale, le port du voile en tant que signe religieux n’a rien de nouveau. La femme grecque, espagnole, italienne ou française porte encore traditionnellement un foulard, une coiffe ou une mantille, plus particulièrement lors des fêtes religieuses.
Ceci est dû à l’action de Saint-Paul qui dès le 1er siècle a répandu l’obligation aux femmes chrétiennes de porter le voile comme signe de leur subordination et de leur foi chrétienne.
Et c’est à partir de ce moment-là que le port du voile s’est répandu en méditerranée occidentale avec une nouvelle dimension, religieuse cette fois-ci, alors qu’avec le Judaïsme elle n’avait été jusque-là que sociale.
Quand à l’Islam, il n’a fait que confirmer un fait déjà existant. Dans le verset 31 de Sourate « Annour », Dieu, impose aux femmes musulmanes de rabattre leurs voiles sur leurs poitrines et de ne pas montrer leurs charmes, sauf ce qui en apparaît normalement. Ce verset suppose donc que le costume existant était déjà long et couvrait largement le corps. Et le fait de rabattre le voile sur la poitrine suppose aussi que le voile existait déjà et était habituellement porté.
Et dans le verset 59 de Sourate « Al-Ahzab », Dieu nous explique le sens de cette obligation de se couvrir pour une musulmane et qui signifie alors qu’elle soit reconnue en tant que pieuse pour ne pas être provoquée dans la rue, ni agressée.
Ces deux versets ont eu par la suite différentes interprétations, néanmoins, il en ressort  que le but du voile en Islam est bien social  avant tout. C’est pour cette raison d’ailleurs que les théologiens des différents courants de pensée musulmane s’accordent à dire qu’il n’existe pas de costume spécifiquement musulman. Il existe une morale vestimentaire de décence, de propreté et de respect de soi. Le port du voile en Islam interdit à la femme de faire étalage de ses attraits physiques ou d’user de charme au singulier, comme au pluriel. Et ceci étant valable pour l’extérieur et non l’intérieur de chez elle.
C’est ainsi que par la suite, et selon les conditions sociales, économiques, culturelles et géographiques, les musulmans ont développé la technologie du textile et ont diversifié et coloré le costume.
Au Maghreb et en Algérie en particulier, nous possédons une richesse vestimentaire importante. Autant dans le vêtement lui-même : citadin, rural ou bédouin que dans la chaussure et bien-sûr dans le voile. « El-Mel’hfa », « Haïk » ou « Mlaya » se tisse en soie, en laine ou en coton, avec différentes techniques et couleurs. Les foulards et les châles se conjuguent selon les saisons, les couleurs et les occasions. Et ce n’était pas, comme le croient certains, parce que la femme était inactive ou cloîtrée à la maison, bien au contraire…. La femme voilée d’Algérie sortait elle-même ses troupeaux, travaillait sa terre et allait même au marché vendre ses produits. Elle participait activement à l’économie familiale et nationale.
Ce sera la femme citadine, surtout à l’époque ottomane, qui va devenir de plus en plus cloîtrée. Ceci n’avait aucun lien direct avec la religion, c’était plutôt une nouvelle réalité économique qui apportait beaucoup de richesses par la mer. La femme continuait néanmoins à faire du tissage, de la broderie et autres travaux de couture chez elle. C’est d’ailleurs de cette époque que nous viennent les « Karakos », « gnaders » constantinoises et toutes les broderies d’or et d’argent que nous continuons encore à porter.
Certains et certaines me diront que j’évoque ici une époque révolue, que tout ceci est dépassé, que nous avons évolué et que la femme s’est libérée.
D’ailleurs c’est au nom même de cette libération féminine qu’en France d’abord, et à la faveur de la révolution, les femmes ont peu à peu commencé à dévoiler leur corps et bien-sur jeté leurs coiffes aux oubliettes.
C’est au nom de cette même libération féminine qu’elles sont aujourd’hui victimes de la mode. La dictature moderne qui interdit la différence parce qu’il faut obligatoirement être : « tendance » !
C’est encore au nom de la libération féminine que le corps de la femme est instrumentalisé à outrance.
Un argument de vente qui n’a plus rien à vendre tellement dévoilé et démystifié qu’il en a été dénaturé.
Et ce sont les mêmes féministes qui, hier appelaient à la libération de la femme, s’opposent aujourd’hui à cette banalisation du corps féminin.
Pourquoi s’étonner alors que des jeunes filles veulent préserver leur féminité en se voilant ?
Elles refusent d’être de simples figurines destinées au terrible concours machiste de « Miss Beauté Mondiale ».
Elles refusent par-dessus tout d’être des figurantes dans leur propre existence parce que se voiler la tête ne signifie en aucun cas se voiler l’esprit et encore moins se voiler la face.
Chronique diffusée sur la radio algérienne,  le : 30/12/2003

13 Responses to “Une histoire de voile”

  1. un magnifique voyage vestimentaire à travers les âges et le temps!

    En plus, plus la région est aride, difficile,dangereuse, plus la femme est cachée comme en afghanistan avec sa burka;)

  2. superbe chronique Oumelkhir
    merci de l’avoir partagé avec nous
    au fait
    le voile en lui meme a mon avis, fut aussi un instrument d’uniformité
    pour banaliser le regard, vu que l’oeil n’est attirée que par l’exception
    mtn dans la rue on ne regarde que la fille presque nue et dont le string depasse ou la femme voilée.
    tout depend de la masse et de ses orientations
    il ya qqes années, sur les plages, les ragards se tournaient ers les mailliots, pui vers les bikinis, puis le monos et mtn c’est vers les femmes qui se baignent en voile et dieu sait que ca montre beaucoup plus de details

    ceci dit , le voile et son interpretation au coran comme tu l’a si bien dit , fi sourat “Al Ahzab” c’est d’eviter qu’elle sortent du lot et qu’elles attirent les regars pour eviter les agressions et les provocations. reste un valeur relatie a une certaine epoque
    la religion impose certaines regles vestimenaires
    mais pas le voile entant que concept.
    on peut s’ahabiller le plus nrmalement du monde tout en cachant ces parties du corps qui sont considérés comme des “3awrat”.
    et puis chacun est libre de mener sa foie et sa piété comme il l’entend.

    l’interdiction ou l’obligation de la chose me sont inconcevables.

    chacun doit faire ce que bon lui semble.

    amicalement

    Amine

  3. Passont aux choses serieuses.salam a tout le monde et sahha el aid a tout les maghrebins et les internautes de passage chez nous.

  4. Jilal que veut dire “passons aux choses sérieuses”, personnellement, je considère que c’est une chose très sérieuse, même si ce n’est pas la plus sérieuse d’entre les sérieuses, si c’est ce que tu veux dire, mais je n’ai pas compris.

  5. Serieusement, est-ce que porter le hijab pour une croyante, se soumettant ainsi aux preceptes de Dieu, serait moins noble, moins “IN”, que de s’accoutrer tres legerement et tres court, pour se soumettre aux fantasmes masculins vehicules par la mode et la pub ?

    Des 2 types de soumission, la premiere est a mon sens plus respectable et logique. Ce que certain(e)s considerent comme de l’emancipation, n’est en fait que de la soumission au bon vouloir des hommes et de leurs fantasmes. Oui, les hommes preferent voir une femme court vetue qu’une femme en hijab, c’est evident. Ils applaudissent a cela. Ils vous felicitent de vous etre ainsi soumises a leur bon desir.

  6. Selzm à tous

    Il faut vraiment être une fille pour comprendre. Mettre le voile n’est pas chose facile dans la mesure ou l’on vit dans une société occiedentale.
    Qui doit on craindre le plus l’homme ou Dieu. C’estc clair si tu veux plaire à Dieu tu ne plaira jamais à ces humains et si tu veux plaire à ces hommes tu ne plairas jamais à Dieu. N’est-paS? Si tu t’exhibes tiut le monde t’aimera et si tu veux être pudique on te regardera quand même. C’est là ou s’installe le paradoxe du voile il cache tout en attirant l’attention . Mais réfléchissez

  7. Bonjour,
    article très intéressant.
    Haïk, burqa, hijab, niqab ? Quelqu’un peut-il me dire comment s’appelle ce “mouchoir” de dentelle portée par les femmes en Afrique du Nord ?

    Merci.

  8. ça s’appele, en Algérie en tout cas, ça s’appele : le 3djar, en arabe ça s’écrit عجار

  9. thanks
    nice blog

  10. thanks
    http://www.alabd3.com/vb/index.php

  11. Bonsoir, je fais actuellement un travail de diplôme sur les femmes musulmanes qui portent le voile, car je suis très intéressée par cette tradition et cette religion. J’aurais quelques questions à vous poser, si vous êtes d’accord d’y répondre. Est-ce que la jeune fille est vivant dans un pays musulmans doit porter le hijab ou la bourka dés le plus jeune âge? Ont-elles le choix ou ses les parents qui forcent la main souvent? La femme mariée doit toujours porter le voile? Y a-t-il une distinction entre la femme mariée, célibataire ou veuve? Y a-t-il des couleurs pour le hijab ou la bourka qui sont plus portés que d’autres? Pourquoi en Arabie Saoudite ou voit enormement de femmes porter des bourka noirs? Y a-t-il une mode dans les pays musulmans qui comportent les voiles?

    Merci du fond du coeur de me répondre.

  12. merci pour l’article

  13. pourri

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