Divide ut imperes

Il y a un an, presque jour pour jour, j’ai traité de ce sujet sur la radio, au vu des derniers évenements en Irak, la situation est en train d’empirer, espérons qu’elle ne débouchera jamais sur une guerre civile.

Il y a des formules très utilisées aujourd’hui dans le vocabulaire journalistique, pourtant elles n’ont aucun sens précis.

Je vous donne un exemple : le triangle sunnite, savez-vous ce que c’est ? Eh bien, moi non plus je ne savais pas, mais, je me suis renseignée, et j’ai appris que ce triangle sunnite, est une nouvelle figure géométrique propre à l’Irak, dans une région qui comprend la capitale Baghdad, Ramadi à l’ouest, et Baquouba au nord.
Et ce serait, si j’ai bien compris toujours, la zone occupée majoritairement par les sunnites, qui sont quand même, minoritaires en Irak. Tout le reste est soit chiite au sud, soit kurde au nord. Vous allez me dire : Mais, où sont passés les Irakiens dans tout ça ? Rassurez-vous, ils sont toujours là. C’est simplement le phénomène démocratique américain qui les a transformés. Tellement d’ailleurs, qu’on en a même oublié les chrétiens. Une population très importante, à Baghdad du moins.

Si ce n’était pas aussi tragique, on en rirait peut-être. Parce que ça ne peut pas être aussi simple, ni aussi évident qu’il y paraît. D’abord, parce que l’Irak est un pays d’au moins 6 millénaires d’histoire, c’est à dire 20 fois plus vieux que les Etats-Unis. Pourtant, la population américaine est elle, d’après ce qu’on en dit, bien homogène, malgré sa grande diversité ethnique et religieuse.

Mais, pour ce qui concerne l’Irak, on ne doit plus dire que les kurdes sont sunnites, que les chiites sont arabes, et que les sunnites et les chiites sont tous musulmans. Il ne faut plus dire qu’en Irak, au-delà du religieux, c’est le système tribal qui régit toujours la société. Et que certaines tribus sont tellement grandes qu’elles regroupent, des sunnites, des chiites et des kurdes aussi. Alors pourquoi s’acharne-t-on à présenter l’Irak comme un ensemble de communautés ou d’ethnies, bien distinctes les unes des autres. Et géographiquement séparées?
Ce phénomène n’a rien de nouveau. Il s’appelle diviser pour régner. Un principe aussi vieux que le monde, attribué officiellement à Machiavel. Il a mis cette sentence, dans son livre le plus célèbre : Le Prince. Dans cet ouvrage, Machiavel dévoile sa conception du pouvoir par la manipulation des hommes et des sentiments des populations. C’était en 1513, aux prémices des grandes guerres de religion. Ces célèbres guerres qui ont ensanglanté l’Europe pendant plus de deux siècles, en opposant catholiques et protestants. Heureusement, la “Tolérance” a fini par s’instaurer, et l’Occident a oublié.

Alors, il faut peut-être rappeler que le christianisme est né en Orient. Sayidna Issa, âlayhi essalam, est né en Palestine. C’est pour cette raison que bien avant, et même après les croisades, les musulmans ont toujours protégé les lieux de culte chrétiens en Orient.

Il suffit de dire peut-être que les clefs de la Basilique du Saint-Sépulcre à El-Qods, un haut lieu du christianisme, sont depuis des siècles entre les mains d’une famille musulmane. Depuis des générations, cette famille garde les clefs de la basilique. Et tous les matins le cérémonial d’ouverture de la porte de la basilique se fait en présence de représentants de l’église orthodoxe, arménienne, et romaine.

Cela ne signifie pas que l’histoire du monde arabe a été un long fleuve tranquille, certainement pas. Seulement, elle est si longue et si complexe, qu’il serait injuste de la réduire à d’aussi petites étiquettes”.

Chronique diffusée sur la radio algérienne, le : 17/02/2005

2 Responses to “Divide ut imperes”

  1. thanks
    nice blog

  2. merci

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